Il est demandé aux infirmier.e.s d’être des praticiens réflexifs, c’est-à-dire des professionnels qui prennent du recul sur leur pratique et qui l’analysent seuls ou avec leurs pairs afin de l’améliorer tout au long de leur carrière.
Infirmier.e, un métier difficile
Les infirmier.e.s exercent un métier difficile pour plusieurs raisons. La première difficulté réside dans l’essence même des soins infirmiers : une personne humaine, donc singulière, à un instant unique de sa vie, soigne une autre personne humaine, donc singulière, à un instant unique de sa vie. Chaque situation vécue auprès d’un patient est unique, chaque instant est différent. Pas de routine, pas de geste effectué sans en comprendre tous les tenants et les aboutissants.
Une seconde difficulté du métier est ce que l’on appelle la charge mentale. On a beau essayer d’apprendre aux étudiants d’adopter la « bonne distance professionnelle » ou de trouver la « juste proximité » avec les patients, il peut arriver qu’un.e infirmier.e soit touché.e par la douleur, par la souffrance, par la mort, par un sentiment d’impuissance… et en souffre réellement si rien n’est mis en place pour l’accompagner.
La troisième difficulté est que dans ce milieu professionnel, les évolutions et les changements sont incessants et les infirmier.e.s doivent sans cesse mettre à jour leurs connaissances et réajuster leur pratique afin de s’adapter continuellement aux progrès médicaux, aux évolutions des organisations et aux changements permanents des environnements.
A ces trois types de difficultés vient s’ajouter une troisième catégorie qu’on pourrait qualifier, en étant optimiste, de conjoncturelle. Il s’agit de la situation actuelle des infirmier.e.s : débordé.e.s de travail à cause des sous effectifs, peu reconnu.e.s pour leurs responsabilités, pas très bien rémunéré.e.s… La souffrance au travail des infirmier.e.s et des étudiants en soins infirmiers est malheureusement une réalité aujourd’hui.
L’analyse de pratique : une grande aide pour les infirmiers
Pour surmonter ces difficultés, l’analyse de pratique a fait ses preuves. Les étudiants dès leur formation initiale sont familiarisés avec des techniques qui permettent de prendre du recul sur leur pratique. Ils analysent des situations vécues en stage et participent à des échanges constructifs avec d’autres étudiants et des formateurs. Il leur est demandé aussi d’utiliser l’écrit pour décrire des situations, notamment dans leur portfolio.
« L’entraînement réflexif est une exigence de la formation permettant aux étudiants de comprendre la liaison entre savoirs et actions, donc d’intégrer les savoirs dans une logique de construction de la compétence.
Cette posture consiste non seulement à positionner des travaux cliniques ou pratiques dans la formation, mais surtout à revenir sur les acquis, les processus et les stratégies utilisées pour en dégager les principes transposables.
Ainsi sont nommés et valorisés les principes de l’action, les références scientifiques, les schèmes d’organisation, etc., tout ce qui contribue à fixer les savoirs et à les rendre disponibles et mobilisables lors de la réalisation d’autres travaux. »
Extrait du référentiel de formation infirmier - BO Santé – Protection sociale – Solidarités n°2009/7 du 15 août 2009, Page 275.
Les infirmier.e.s doivent remplir leur obligation de développement professionnel continu (DPC) en participant à des actions comprenant de l’analyse de pratique dans le but d’améliorer leur pratique continuellement.
Les groupes d’analyse de pratique (GAP) sont difficiles à mettre en place pour les infirmier.e.s sur leurs lieux de travail car ils manquent cruellement de temps. Pourtant ces réunions entre pairs permettent vraiment d’avancer.
Analyser sa propre pratique et échanger avec ses pairs permet la conscientisation et l’appropriation de savoirs et de connaissances qui induisent le développement des compétences. Des savoirs d’expérience sont ainsi transmis d’un.e infirmier.e à d’autres infirmier.e.s. Le partage de ces savoirs entre professionnels est précieux car on ne les acquiert pas en cours ou dans les livres. Ils sont construits dans et par la pratique et ils seront perdus s’ils ne sont pas partagés.
Les infirmiers : des praticiens réflexifs
Être un praticien réflexif est nécessaire pour réaliser des soins de qualité. On comprend bien que face aux difficultés du métier et aux changements auxquels ils sont confrontés en permanence, les infirmier.e.s puissent être aidé.e.s par des méthodes qui leur permettent cette réflexivité.
« L’appellation « praticien réflexif » renvoie aux travaux piagétiens sur la prise de conscience et l’abstraction réfléchissante. Le sujet prend ainsi sa propre action, ses propres fonctionnements mentaux comme objets d’analyse et essaie de percevoir sa propre façon d’agir. Cette pensée réflexive est critique et créative et nécessite de mobiliser un certain nombre d’habiletés métacognitives et de compétences argumentatives (Pallascio et Lafortune, 2000). Elle met en jeu un double processus décrit par Schön (1994) : la réflexion dans l’action qui permet à un sujet de penser consciemment au fur et à mesure que se déroulent les événements et de réagir en cas de situation imprévue et la réflexion sur l’action au cours de laquelle le sujet analyse ce qui s’est passé et évalue les effets de son action. »
Bouissou, Christine, et Stéphane Brau-Antony. « Réflexivité et pratiques de formation. Regards critiques », Carrefours de l’éducation, vol. 20, no. 2, 2005, pp. 113-122.
Comment Tuttis peut aider les infirmier.e.s à avoir une posture réflexive
Tuttis est une plateforme d’entraide professionnelle inspirée par l’analyse de pratique et permettant aux infirmier.e.s et aux étudiants en soins infirmiers de partager des savoirs d’expérience.
Dans l’application Tuttis, il est possible de décrire des situations professionnelles vécues en étant guidé pas à pas. Il est possible aussi de rédiger des Si-Alors qui sont des savoirs d’expérience présentés toujours sous la même forme : Si il se passe cela, Alors voici ce que l’on peut faire. Cette standardisation permet de toujours relier les savoirs d’expérience à une situation et de les penser comme indissociables de la pratique. Les Si-Alors sont rédigés soit directement, soit en réaction à une situation partagée (appelée Expérience Partagée dans la plateforme), soit en réaction à un autre Si-Alors, soit en réponse à une Question posée à la communauté.
Toutes les fonctionnalités de Tuttis offrent donc aux infirmier.e.s la possibilité d’adopter au quotidien une posture réflexive.